Syndrome des loges : une blessure du coureur à pied

Le syndrome des loges : quand la pression musculaire devient un problème.
Vous pratiquez la course à pied et, au fil de vos entraînements, vous commencez à ressentir une douleur à l’avant des jambes, une sensation de tension ou de gonflement qui vous oblige à ralentir ou à vous arrêter ?
Il s’agit peut-être d’un syndrome de loge, une pathologie fréquente chez les coureurs, qu’il est important de comprendre pour mieux la traiter.
Quand les muscles sont à l’étroit
Les muscles situés à l’avant de la jambe — le tibial antérieur, le releveur des orteils et les fibulaires — ont pour rôle de relever le pied et de stabiliser la cheville à chaque foulée. Ces muscles sont regroupés dans un compartiment très limité, appelé loge musculaire, entouré par des structures rigides : le tibia et le péroné sur les côtés, une membrane fibreuse entre eux (la membrane interosseuse) et, à l’avant, une enveloppe résistante appelée aponévrose. C’est dans cet espace fermé que tout se joue.
Un problème de pression : quand la loge devient trop serrée
Plusieurs situations peuvent entraîner une augmentation du volume de ces muscles. Le plus souvent, cela survient lors des débuts en course à pied, lors d’une augmentation rapide du volume d’entraînement, ou encore quand on se met à courir sur des terrains plus vallonnés, par exemple en passant au trail.
Lorsque ces changements se font progressivement, la membrane entourant les muscles a le temps de s’adapter et de s’assouplir. En revanche, si les modifications d’entraînement sont trop brusques ou si vous avez naturellement une faible souplesse musculaire, les muscles se développent plus vite que la membrane ne peut s’étirer, la loge devient trop étroite, empêchant les muscles de se développer librement.
Un cercle vicieux : le muscle mal oxygéné gonfle et souffre
Quand le muscle se contracte, il a besoin de plus d’oxygène. Mais si la loge est rigide, les vaisseaux sanguins sont comprimés : le muscle reçoit moins d’oxygène, il s’épuise, gonfle davantage… ce qui augmente encore la pression !
C’est un véritable cercle vicieux : plus les muscles gonflent, plus ils s’étouffent, et plus la douleur augmente jusqu’à vous obliger à stopper l’effort. Dans certains cas, le pied ne se relève plus correctement — vous “buttez” ou trébuchez en courant.
Un diagnostic souvent tardif
Les symptômes sont typiques, mais encore faut-il y penser. À l’examen, les signes peuvent être discrets : douleur à la palpation, tension à l’avant de la jambe, parfois petites hernies musculaires visibles en s’accroupissant — témoignant que le muscle cherche à “sortir” pour respirer.
De nombreux patients consultent tard, après avoir réalisé plusieurs examens (IRM, échographie, électromyogramme…) réalisés pour éliminer d’autres causes.
La mesure de pression : l’examen clé !
Pour confirmer le diagnostic, on réalise une mesure de la pression intramusculaire à l’aide d’une fine aiguille reliée à un capteur.
Au repos, la pression est normalement inférieure à 15 mmHg.
Si elle est déjà élevée, le diagnostic est probable.
Après un test d’effort (course sur tapis, test de battement de mesure ou montée sur demi-pointe), la mesure est répétée : une pression supérieure à 35 mmHg confirme le syndrome.
Des solutions avant la chirurgie
Le traitement repose d’abord sur la rééducation du geste et l’adaptation de l’entraînement :
Réduire la contrainte sur les muscles releveurs du pied , en diminuant le dénivelé dans votre entrainement par exemple.
Privilégier l’entraînement croisé : vélo, natation, elliptique — autant d’activités où la pointe du pied reste détendue.
En course, éviter une attaque talon trop marquée : raccourcir la foulée, augmenter la cadence, et tendre vers une foulée plus avant-pied ou pied à plat pour relâcher les releveurs.
La kinésithérapie et l’auto-rééducation sont essentielles :
Utiliser un pistolet de massage ou rouleau de massage pour assouplir la membrane, en insistant sur le bord interne du tibia (souvent le plus rigide).
Travailler la souplesse de cheville : s’asseoir sur les talons, ou allongé genou plié si la raideur est trop importante.
Ces techniques peuvent sembler un peu douloureuses, mais elles sont souvent efficaces pour soulager les formes modérées.
Quand la chirurgie devient nécessaire
Si malgré tout la douleur persiste, ou si les pressions mesurées sont trop élevées (même au repos), une intervention chirurgicale s’impose.
L’opération consiste à ouvrir l’aponévrose à l’aide d’un petit instrument introduit sous la peau, libérant ainsi les muscles. Les suites sont simples : retour à domicile le soir même, soins locaux, massages doux, et reprise progressive de la course sous contrôle de la douleur — souvent dès 2 à 3 semaines.
L’objectif est paradoxal : ne pas laisser la membrane cicatriser complètement, pour qu’elle reste souple et que la loge conserve de l’espace.


